Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Holland43 » 06 Juin 2014 01:09

Alors que la France s'apprête à commémorer un évènement qui devait sceller sa victoire militaire définitive (et celle de ses alliés) et donc réaffirmer sa puissance mondiale souveraine, le futur politique qu'on propose à ce pays est de devenir un land européen de moyenne force, sans plus aucune souveraineté et avec une armée clairement déclinante.

Et oui, notre pays est donc plus enclin à commémorer le passé glorieux d'une nation souveraine qu'à orienter son avenir qui, c'est le moins que l'on puisse dire, s'annonce bien sombre...

Aucune logique dans tout cela, n'est-ce pas ?

Allez-y, défoulez-vous. Et sortez les mouchoirs... :cry: :cry: :cry:
Chaque vol est un grand voyage...
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar VR-HMS » 06 Juin 2014 05:21

Bonjour Holland43 ,
Pendant que les Héros célèbrent cette Liberté si chèrement payée, je m'inquiète des tensions qui persistent entre Washington , Paris , Moscou et Kiev .
Arriverons - nous a nous mettre d' accord ?
Cette commémoration n' a -t - elle pas un arrière goût de l'Exposition Universelle de 1937 qui s'est tenue à Paris ?
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar avechelice » 06 Juin 2014 13:00

Salut,

6 juin 44 : ce qu’on ne vous dira pas
« Oui, mais quand même les Américains nous ont ont libérés en 45 ! » Combien de fois, l'ai-je entendue celle-là ! Sur les bancs de l'école. Mais aussi lors de débats sur les guerres actuelles des USA.

40-45, la seule 'bonne' guerre US ? Peut-être à nuancer. Quelques faits troublants sont documentés dans un excellent livre de l'historien Jacques Pauwels (1). Ses documents irréfutables prouvent qu'une grande partie des sociétés US ont carrément collaboré avec Hitler, et pas seulement au début de la guerre : Du Pont, Union Carbide, Westinghouse, General Electric, Goodrich, Singer, Kodak, ITT, JP Morgan...

Pire. La grande nouveauté stratégique d'Hitler, ce fut la "Blitzkrieg", la guerre-éclair : porter très vite ses troupes au cœur de l'adversaire. Pour cela, deux conditions indispensables : des camions et de l'essence. L'Allemagne n'ayant aucun des deux, c'est Esso qui a fourni l'essence, tandis que les camions provenaient des usines allemandes de Ford et General Motors.

"Que cette guerre dure le plus longtemps possible !"

Pauwels montre que :

1. Une grande partie du patronat US était pro-Hitler dans les années 30 et 40.

2. Cela n'a changé qu'au moment où les ventes des firmes US furent mises en danger par l'agressivité commerciale allemande en Amérique latine et ailleurs. Et par les occupations japonaises qui confiquaient tout le commerce en Asie.

En fait, les Etats-Unis jouaient double jeu. Ils souhaitaient que la guerre dure longtemps. Pourquoi ?

D'un côté, les énormes profits que leurs sociétés réalisaient en Allemagne étaient en croissance. De l'autre côté, ils s'enrichissaient en prêtant à la Grande-Bretagne qui supportait tout le poids financier de la guerre. Washington posait d'ailleurs comme condition que Londres abandonne ses colonies après la guerre. Ce qui fut fait. Les Etats-Unis ont réussi à profiter de la Deuxième Guerre mondiale pour affaiblir leurs rivaux et devenir la seule superpuissance capitaliste.

Henry Ford : "Ni les Alliés, ni l'Axe ne devraient gagner la guerre. Les USA devraient fournir aux deux camps les moyens de continuer à se battre jusqu'à ce que tous deux s'effondrent."

Le futur président Harry Truman, 1941 : " Si l'Allemagne gagne, nous devons aider la Russie et si la Russie gagne, nous devons aider l'Allemagne, afin qu'il en meure le maximum de chaque côté."

Ce jeu cynique ne cessa que lorsque l'URSS vainquit Hitler. Alors seulement, les Etats-Unis se précipitèrent pour sauver leurs intérêts en Europe.

Demain 6 juin, on fera comme si la guerre avait été gagnée en Normandie et non à Stalingrad. On ne dira pas qu'Hitler perdit 90% de ses soldats à l'Est. Que pour un soldat US tué, il y en eut 53 soviétiques. Les manuels scolaires sont parfois bizarres, non ?

Voilà, désolé de vous avoir ôté une de vos dernières illusions. Demain, 6 juin, vous pourrez penser à tout ça lorsque sur une plage normande, on fêtera George Bush alors que son grand-père a financé Hitler. Dans quel monde vivons-nous ?

MICHEL COLLON
http://www.michelcollon.info/6-juin-44- ... -dira.html

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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Hyères-Le-Palyvestre » 06 Juin 2014 13:44

70 ans après....RAS-LE-BOL des "commémorations mémorielles", sans parler des innombrables pertes civiles françaises, dues aux bombardements
anglo-américains (en Normandie, 20 000 morts) mais ces crîminels de guerre n'ont-ils pas opéré de la même manière, sur d'autres TOP....Dresde,
Hambourg, sans parler des deux bombes atomiques sur le Japon.

J'allais oublier leurs récents "exploîts" sanglants, au Moyen-Orient, Irak, Syrie, Libye, Afghanistan etc., dans la lutte contre le "terrorisme" qu'ils ont
eux-même instrumentalisé, dans le desseîn d'asservir le monde entier à leurs "normes" de ce que signifie le mot "Liberté", une conception toute
personnelle, qui n'a rien à envier aux pîres régîmes dictatoriaux du XXè.siècle, en espérant que cela ne déclenche pas la troisième guerre mondiale.
Les pertes des deux précédentes, nous sembleront alors dérisoires, si nous sommes toujours vivants....

Il serait peut-être temps de ne plus se laisser imposer une lecture falsifiée de l'Histoîre!

N'ont-ils pas honte, à l'heure de la prétendue "construction européenne"?!

P.S.Entendu ce matin à la radio, un petit "speech" qui remet les choses à leur vraie place: le Gouvernement souhaîte augmenter au maximum,
les profîts tirés du "tourisme de la Mémoîre", renforcement de la billeterie sur les "lieux de mémoîre", augmentation des stocks d'audio-guîdes.... :lol:
Dernière édition par Hyères-Le-Palyvestre le 06 Juin 2014 14:15, édité 2 fois au total.
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar VR-HMS » 06 Juin 2014 14:12

Bonjour Avechélice .

Votre article est intéressant . Il ne faut pas perdre de vue qu' au départ les US ne voulaient pas participer au conflit , parce qu' officiellement déçus par la Vielle Europe de s'être fait priée pour rembourser sa dette de La Grande Guerre .

Néanmoins , après Pearl Harbor , ils n' avaient plus le choix .

Pour revenir plus précisément à votre article, après 1929 la Prohibition apportait de l'eau au moulin de l'extrême droite américaine (cf le KKK) dont la philosophie était proche des théories raciales et morales du National Socialisme allemand .

Ce qui n'est pas toujours dit , c' est que lors de le denazéification de l' "espace vital " allemand , les Russes et Américains se sont " partagés le trésor de guerre dont ils étaient vainqueurs : les hommes qui avaient étroitement collaboré au succès du Troisième Reich et qui avaient survécu au conflit .

D' autre part, ils ont imposé la décolonisation à la Grande Bretagne mais à la France et la Belgique aussi . Étant devenus les libérateurs du monde occidental dotés de l'économie dominante , aucun état , pas même le Général De Gaule ne pouvait si opposer . L'échec de l' opération militaire du Canal de Suez en 1956 qui unissait La Grande Bretagne , la France et Israël , les trois lâchés par les Américains, en est une preuve .
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Yenaraslebolix » 06 Juin 2014 18:52

Ceci dit, n'enlevons pas à l'histoire ce qui lui appartient pour l'éternité : les Anglo-Saxons ont bien délivré la France du pire régime politique jamais créé par l'homme en l'aidant à gagner la pire des guerres. Les Américains, c'est bien de l'avoir rappelé, n'ont jamais rien fait de gratuit (il suffit de se rappeler la honteuse différence de traitement par les EU entre la 1ère crise irakienne et la guerre des Balkans de Milosevitch et Karadzic). Mais c'est évidemment une très bonne chose que l'histoire ait pris ce cours et non celui qui aurait consisté en un laisser-aller des États-Unis ou, pire, en des amabilités occidentales entre les EU et l'Allemagne nazie pour faire barrage à l'URSS.

Je crois que cette période est à considérer pour ce qu'elle est : une guerre où tous les coups sont permis pour l'emporter. Et plus le conflit est important, plus les enjeux sont colossaux, plus les coups sont tordus. Les Américains ont bien chassé les Allemands d'Europe de l'ouest. S'ils ne l'avaient pas fait, les Russes n'auraient pas pour autant poursuivi l'offensive jusqu'à Bordeaux, il ne faut pas rêver. Le but était de chasser ce sale fils de pute d'Hitler (et de Pétain), et ce, quel qu'en soit le prix à payer très élevé pour les franco-anglais. La condition fut de renoncer à l'emprise franco-anglaise sur le monde (mais elle avait déjà été largement entamée après 14-18). Tant pis. En matière de guerre, les alliances ne sont pratiquement jamais des affaires de coeur mais bien des intérêts économiques, territoriaux, politiques. Elles se paient à chaque fois au prix fort.

Cela n'empêche que l'alignement quasi systématique qui a suivi, de l'Europe occidentale sur les USA, est évidemment une catastrophe ! Mais d'ailleurs, la faute en incombe aussi largement aux Anglais qui, s'ils avaient joué la carte de la France et de l'Europe dès le début en s'écartant du commandement intégré de l'OTAN comme le fit De Gaulle (et le défit Nabot 1er), auraient peut-être pu changé le cours des choses ou en tout cas l'atténuer. N'oublions pas qu'à partir de 1960, la France et la Grande-Bretagne avaient toutes deux la bombe atomique (ce n'était pas le cas en 1956 lors de la crise de Suez). De Gaulle retira la France du commandement intégré de l'OTAN dès 1966...
Ça commence à faire !
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Hyères-Le-Palyvestre » 06 Juin 2014 20:12

Allemagne, février 1945 : l’enfer sur Dresde
Par la rédaction d’E&R
Publié le : jeudi 13 février 2014


Février 1945 : le régime nazi n’a plus que quelques mois à vivre.

Malgré l’offensive des Ardennes, ultime baroud d’honneur du IIIème Reich sur le front de l’Ouest, il est évident que la capitulation allemande n’est qu’une question de semaines. Pris en étau entre les armées alliées, ce qui reste de la puissante Wehrmacht ne pourra pas contenir les futures offensives soviétiques et anglo-américaines.

Comme lors de la progression des Alliés en Italie puis en France, l’US Air Force et la Royal Air Force déploient jour et nuit leurs nombreuses escadrilles de bombardiers, censés écraser tout ce qui participe au puissant instrument de guerre allemand, partout où il se trouve, et tant pis si des civils ont le malheur de se trouver dessous.

Sur le territoire du Reich, il ne fait pas bon habiter près des zones industrielles, des ponts, des nœuds routiers ou ferroviaires ; d’autant que l’aviation alliée ne fait pas dans la dentelle et a pour habitude de répandre généreusement des tonnes de bombes pour s’assurer de la destruction du moindre objectif.

Cependant, dans Dresde, cité historique, capitale de la Saxe, l’enjeu industriel et militaire est quasi nul. Des milliers de réfugiés qui fuient l’avancée de l’armée Rouge et de soldats blessés, qui sont soignés dans 25 hôpitaux, s’y entassent. La ville est passée de 630 000 habitants à plus d’un million.

La Flak (DCA allemande) n’est que peu présente. La proie est sans défense, le crime n’en sera que plus odieux.

Au cours de la nuit du 13 février, les bombardiers anglais Lancaster sont sur la ville : une première vague de 244 d’entre eux larguent 460 000 bombes à fragmentation. Une seconde vague de 529 bombardiers larguent en vingt minutes plus de 180 000 bombes incendiaires au phosphore... C’est une véritable tempête de feu qui souffle la ville, comme le décrit le journaliste et écrivain britannique Phillip Knightley :

« [...]une tornade artificielle dans laquelle l’air est aspiré vers le centre à une vitesse de plus en plus rapide. À Dresde, des vents approchant la vitesse de 160 km à l’heure emportèrent débris et individus dans un bûcher dont la température excédait 1 000 degrés centigrades. Les flammes dévorèrent tout ce qui était organique, tout ce qui pouvait brûler. Les habitants moururent par milliers, grillés, incinérés ou asphyxiés [1]. »

Les avions de la RAF ont lâché sur la ville 1 478 tonnes de bombes explosives et 1 182 tonnes de bombes incendiaires.

Le 14 février, à 10 h du matin, 311 « forteresses volantes » B-17 états-uniennes lâchent 771 tonnes de bombes sur une ville déjà en ruine. Elles sont escortées par 200 chasseurs Mustang mitraillant au sol les colonnes de civils qui tentent de fuir et les secours qui affluent.

La « Florence allemande » est anéantie sous un total de plus de 750 000 bombes. Brûlant pendant 7 jours, le brasier pourra être aperçu à 160 kilomètres. Les Alliés n’ont perdu que 8 appareils...


Il sera difficile de chiffrer le nombre exact de victimes, car la plupart d’entre elles ont été vaporisés par les bombes incendiaires, et en hâte, afin d’éviter les épidémies, les secours ont entassés et mis le feu aux cadavres trouvés dans les décombres.

De 250 000 morts pour l’estimation la plus haute à l’indécent 35 000 morts donné par une étude récente, le lecteur se fera une idée par lui-même par un simple ratio : nombres de bombes par nombre d’habitants.

De Dresde aux bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, puis des largages massifs sur le Nord-Vietnam (7 millions de tonnes, soit deux fois l’ensemble des bombardements alliés sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale), jusqu’à la mise en place de la doctrine Shock and Awe, « choc et stupeur » pour mettre à mort l’Irak de Saddam Hussein en 2003, les militaires anglo-saxons, non contents d’utiliser leur immense potentiel industriel de mort, auront aussi pour eux l’ultime privilège d’écrire l’Histoire.






"Les Anglo-Saxons ont bien délivré la France du pire régime politique jamais créé par l'homme en l'aidant à gagner la pire des guerres." :lol:

Un peu exagéré, non? Un peu de recul historique, voyons! ami Yenaraslebolix: Il y en a ras-le-bolix justement, avec les "plus heures les plus sombres
de l'Histoire"....Beaucoup de centaines de millions de morts, dans les guerres, depuis le début de l'Humanité, savez-vous (En Chîne, en Inde, massacres
des Peaux-Rouges, des aborigènes....) et plus récemment, les Arméniens, les Tutsis, j'en passe et des meilleures, sur les cinq contînents, et depuis des
milliers d'années!



Allez! Encore un peu de "rigolade"....


Amours, viols et prostitution... la face cachée du Débarquement
Par Grégoire Kauffmann, publié le 03/06/2014 à 12:42
Pour les GI, le Débarquement fut aussi un terrain dangereux d'aventures sexuelles. Une historienne américaine s'attaque sans nuances au mythe du libérateur.


Image


Pour les GI, le Débarquement fut aussi un terrain dangereux d’aventures sexuelles. Une historienne américaine s’attaque sans nuances au mythe du libérateur.

Un lupanar géant, théâtre d’une libido sans limites. Telle est la France vue par les GI, débarqués au pays des femmes faciles et des maris trompés. "L’Europe d’aujourd’hui est peuplée de petites-bourgeoises respectables qui ont, au moins une fois dans leur vie, écarté les cuisses pour le prix d’une miche de pain", confiera un vétéran américain.

En Normandie, en Bretagne, en Champagne, les boys faisaient l’amour partout, en plein jour, devant les enfants. Une épidémie de sexe qui fait la trame du livre de l’historienne américaine Mary Louise Roberts.

Le haut commandement US a voulu "vendre" le Débarquement comme une aventure érotique, seul moyen de galvaniser les soldats envoyés sous les orages d’acier d’Utah et Omaha Beach. La propagande militaire mobilise tous les poncifs sur les moeurs de la femme française, supposée libre de son corps, prête à s’offrir aux guerriers virils venus la sauver des griffes du nazisme.

L'indigence française et l'opulence yankee favorisent le commerce du sexe

Une fois désinhibée, la libido des GI sera impossible à contenir. Les viols se multiplient, la prostitution explose. Le contraste entre l'indigence française et l'opulence yankee favorise toutes les combines et le commerce du sexe. Un paquet de chewing-gums, quelques cigarettes suffisent à s'offrir une passe. Par crainte des maladies vénériennes, les autorités américaines tenteront vainement d'encadrer le chaos. L'état-major fait des exemples en ordonnant la pendaison publique de soldats noirs accusés de viols - boucs émissaires d'une armée fondée sur la ségrégation raciale.
Face à ce tsunami sexuel, une douloureuse "crise de la masculinité" s'empare du mâle français. "Efféminés, verbeux, nerveux, irritables, avec un côté très gigolos et je ne les aime pas beaucoup", observe un GI au sujet des vaincus de 1940. Des froussards, incapables de tenir leurs femmes et de protéger leur foyer. Cette perte de virilité serait à l'image du déclin français et l'une des causes profondes de notre antiaméricanisme.
L'historienne écorne singulièrement la geste héroïque du libérateur accueilli sous les vivats d'un peuple reconnaissant. Est-il néanmoins sérieux d'affirmer qu'en 1945 "la putain incarne l'essence de la France" pour l'Amérique? Le recours péremptoire à la métaphore érotique, le mépris des nuances handicapent la démonstration, qui n'en décrypte pas moins l'un des derniers tabous de la Seconde Guerre.
Des GI et des femmes. Amours, viols et prostitution à la Libération, par Mary Louise Roberts. Trad. de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Deniard et Léa Drouet. Seuil, 416p., 22€.


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/am ... ptelhgX.99




Pourquoi De Gaulle refusa-t-il toujours de commémorer le débarquement du 6 juin ?



Pourquoi Charles de Gaulle refusa-t-il toujours de commémorer le débarquement du 6 juin ?

C’était de Gaulle, Tome 2 (Édition de Fallois Fayard 1997), pages 84 à 87.

Palais de l’Élysée, 30 octobre 1963

En nommant Jean Sainteny ministre des Anciens combattants en décembre 1962, le Général lui avait demandé de consacrer son énergie à l’année 1964. Elle était propice à raviver le souvenir de deux des années glorieuses : cinquantenaire de 1914 et vingtième anniversaire de 1944.

À la fin du Conseil du 30 octobre 1963 , Jean Sainteny a évoqué les cérémonies prévues pour la commémoration de la libération, Pompidou me prend à part : « Tâchez de faire revenir le Général sur son refus d’aller sur les plages de Normandie… » Je suis stupéfait et de l’information et de la demande. « Enfin, reprend Pompidou, prenez des précautions… Je m’y suis cassé les dents. »

Sainteny m’apprend ensuite qu’il se les était déjà lui-même cassées. Naturellement, je vais me les casser aussi.

« La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. »

Alain Peyrefitte (l’air candide) : « Croyez-vous, mon Général, que les Français comprendront que vous ne soyez pas présents aux cérémonies de Normandie ?

Charles-de-Gaulle (sévèrement) : – C’est Pompidou qui vous a demandé de revenir à la charge ? (Je ne cille pas). Eh bien, non ! Ma décision est prise ! La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement.

Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne (il appuie).

Il m’a crié de toute la force de ses poumons : « De Gaulle, dites-vous bien que quand j’aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ! » (Il me l’a déjà dit. Ce souvenir est indélébile.)

« Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! »
Charles-de-Gaulle : « Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne !

Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.


Charles-de-Gaulle : « C’est exactement ce qui se serait passé si je n’avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous-préfets, mes comités de libération !

Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n’est pas là !

« Et puis, ça contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu’aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n’a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder !

« M’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non ! »
Charles-de-Gaulle : « En revanche, ma place sera au mont Faron le 15 août, puisque les troupes françaises ont été prépondérantes dans le débarquement en Provence, que notre première armée y a été associée dès la première minute, que sa remontée fulgurante par la vallée du Rhône a obligé les Allemands à évacuer tout le midi et tout le Massif central sous la pression de la Résistance.

Charles-de-Gaulle : – Et je commémorerai la libération de Paris, puis celle de Strasbourg, puisque ce sont des prouesses françaises, puisque les Français de l’intérieur et de l’extérieur s’y sont unis, autour de leur drapeau, de leurs hymnes, de leur patrie ! Mais m’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non !

« Les Français sont déjà trop portés à croire qu’ils peuvent dormir tranquille, qu’ils n’ont qu’à s’en remettre à d’autres du soin de défendre leur indépendance ! Il ne faut pas les encourager dans cette confiance naïve, qu’ils paient ensuite par des ruines et par des massacres ! Il faut les encourager à compter sur eux-mêmes !

Allons, allons, Peyrefitte ! Il faut avoir plus de mémoire que ça ! Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! Je n’ai aucune raison de célébrer ça avec éclat. Dites-le à vos journalistes. »

Il reprend : « Ceux qui ont donné leur vie à leur patrie sur notre terre, les Anglais, les Canadiens, les Américains, les Polonais, Sainteny et Triboulet seront là pour les honorer dignement. »

13 mai 1964
Espérant que le général aura oublié sa vive réplique, ou en tout cas aura oublié que c’est à moi qu’il l’a adressée, je remets la question sur le tapis, 10 mois et demi plus tard, le 13 mai 1964.

« Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »
Alain Peyrefitte : « Ne craignez-vous pas, si nous ne devons pas du moins quelques explications, que votre absence du 6 juin en Normandie soit mal interprétée ?

Charles-de-Gaulle : – Mais je vous l’ai déjà dit ! Il n’a jamais été question que j’y aille ! Je ne suis pas allé pour le cinquième anniversaire ; ni pour le dixième ; ni pour le quinzième. Pourquoi voulez-vous que j’y aille pour le vingtième ? Et j’ai demandé au Premier ministre de ne pas y aller non plus. D’ailleurs, le Premier ministre anglais n’y va pas. Johnson ira pas non plus. Pourquoi irions-nous ?

(Évidemment, Wilson et Johnson n’y vont pas, parce que De Gaulle n’y va pas.)

Alain Peyrefitte : – Eisenhower et Montgomery doivent y aller.

Charles-de-Gaulle : – Ce sont des acteurs, qui se font payer cher à la télévision. »

Finalement, Eisenhower et Montgomery, après avoir annoncé leur participation, ne sont pas venus.

10 juin 1964
Après le Conseil du 10 juin 1964, le Général laisse percer encore son agacement :

« Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? S’étaient-ils battus pour que la France recouvre sa liberté, pour qu’elle contribue à sa délivrance ? Que faisaient-ils pendant la guerre ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »

Et lui, il a dû se battre pour que le débarquement ne se passe pas complètement de la France libre. S’il a prononcé son discours de Bayeux le 16 juin 1946, ce ne fut pas pour commémorer le débarquement du 6 juin, mais son débarquement sur les talons des Américains, le 16 juin 1944 à Bayeux.

Il recule son fauteuil, cale son dos. Il a envie de parler.



« Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? »
Charles-de-Gaulle : « Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? Ce qu’ils voulaient, c’était glisser vers le nord le long de la mer, pour détruire les bases des V1 et des V2, prendre Anvers et, de là, donner l’assaut à l’Allemagne. Paris et la France ne les intéressaient pas. Leur stratégie, c’était d’atteindre la Ruhr, qui était l’arsenal, et de ne pas perdre un jour en chemin.

Churchill avait demandé à Eisenhower d’essayer de libérer Paris pour Noël. Il lui avait dit : « Personne ne pourra vous en demander davantage. »

Eh bien si, nous étions décidés à demander davantage ! Le peuple de Paris s’est soulevé spontanément et il aurait été probablement écrasé sous les décombres, comme le peuple de Varsovie, s’il n’avait pas été soutenu. Mais il y avait des hommes qui, trois ans plus tôt, à Koufra, s’étaient juré de libérer Paris, puis Strasbourg. Ce sont eux qui ont libéré Paris avec son peuple.

NOTE : Leclerc et sa colonne, qui venaient du Tchad pour rejoindre la Tunisie en guerroyant, avaient fait, dans l’oasis de Koufra, le serment de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Paris et Strasbourg.

« Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. »
Charles-de-Gaulle : « Mais nous n’avions pas l’accord des Américains. Quand j’ai vu que l’insurrection parisienne allait être écrasée par une division allemande intacte qui arrivait de Boulogne-sur-Mer, j’ai donné l’ordre à Leclerc de foncer. C’est ainsi que nous avons évité à Paris le sort de Varsovie. Nous avons obligé les Anglo-Saxons à changer de stratégie. Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. Ce qu’ils voulaient, c’était en finir avec Hitler, en essuyant le moins de pertes possibles. Ce qu’ils voulaient épargner, c’était le sang des boys, ce n’était pas le sang, les souffrances et l’honneur des Français.

« Effectivement, si les Anglo-Saxons avaient pu mener leur stratégie jusqu’au bout, ils auraient peut-être réussi à frapper l’Allemagne au cœur plus vite. De toute façon, Hitler aurait fini par être battu, et la France aurait fini par être libérée. Mais si les Français étaient restés passifs, et si nous n’avions pas eu de part à la défaite d’Hitler, c’est au bout du compte lui qui aurait vaincu la France. »

Ce que Roosevelt et les américains voulaient vraiment faire de la France en 1944


« Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »
(Franklin Roosevelt, Président des États-Unis, le 23 novembre 1942, devant les émissaires de Charles de Gaulle à la Maison Blanche)

NOTE : Pour comprendre quels étaient les objectifs de Franklin Roosevelt, et des cercles dirigeants américains, quant à l’avenir de la France après le débarquement, il est utile de relire un passage essentiel des Mémoires de Guerre.

Nous sommes en novembre 1942. Les Anglo-Américains viennent de réaliser le débarquement en Afrique du nord française (Opération Torch), d’ailleurs sans en avoir prévenu le chef de la France Libre. [...]

En revanche, une décision fait scandale, aussi bien au sein des Français Libres réfugiés à Londres que parmi l’opinion publique britannique : le général américain Eisenhower, bien entendu avec le plein accord du président Roosevelt, a décidé de maintenir l’Amiral Darlan, l’un des dauphins de Pétain, au pouvoir à Alger. En somme, Darlan a retourné sa veste et les Américains l’en récompensent en le maintenant dans ses fonctions à la tête de l’Afrique du nord française !

Sitôt la nouvelle connue, Charles de Gaulle décide d’envoyer deux émissaires à Washington pour protester avec la dernière énergie auprès du président Rososevelt. Lequel les reçoit et leur livre une vision de la France d’après-guerre proprement scandaleuse. C’est ce célèbre passage des Mémoires de Guerre :

Il n’en faut pas davantage pour que le Président Roosevelt surmonte, à l’égard de Darlan, les scrupules démocratiques et juridiques que, depuis plus de deux années, il opposait au général de Gaulle. Par son ordre, Clark reconnaît le haut-commissaire et entame avec lui des négociations qui aboutissent, le 22 novembre, à un accord en vertu duquel Darlan gouverne et commande, pourvu qu’il donne satisfaction à ses vainqueurs anglo-saxons.

Sans doute, le Président fait-il publier une déclaration affirmant que les arrangements politiques conclus entre Eisenhower et Darlan ne sont « qu’un expédient temporaire. » Mais recevant, le 23, André Philip et Tixier et s’irritant de leurs protestations, il leur crie : « Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, Tome 2, l’Unité, 1942-1944, chapitre « Tragédie » Page 48 (édition Plon)

On voit donc bien la collusion qu’il y avait entre les autorités américaines et les autorités du régime de Vichy. Le président Roosevelt et les cercles dirigeants américains voulaient disposer, au sortir de la guerre, d’une France domestiquée. C’était finalement un conflit d’impérialisme entre les Américains et les Allemands, rien d’autre.

Et Roosevelt souhaitait promouvoir les pétainistes contre de Gaulle parce qu’il savait parfaitement qu’ils seraient infiniment plus dociles, pour obéir à Washington comme ils obéissaient à Berlin, plutôt que le Fondateur de la France Libre, dont l’intransigeance sur l’indépendance de la France était déjà légendaire.

Cette vision stratégique de ce que devait devenir la France d’après-guerre selon Washington a été confirmée et précisée par Charles de Gaulle, vingt ans après les événements. Toujours à Alain Peyrefitte, dans un autre passage capital de l’ouvrage C’était de Gaulle. Passage que voici :

C’était de Gaulle, Tome 2 (Édition de Fallois Fayard 1997), page 52

Palais de l’Élysée, 17 juin 1964


« Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. »
Charles-de-Gaulle : « Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. Il pensait que le jour où les Américains auraient débarqué en France, si le Maréchal était encore là, il n’aurait rien à leur refuser ; ce qui était bien vrai.

Ensuite, Vichy étant devenu vraiment impossible, il a laissé tomber Vichy. Il a essayé de se rattraper sur Giraud.

Puis, voyant que ça ne donnait rien, il a essayé de se rabattre sur Herriot. Il a même tenté de fabriquer un gouvernement à Paris au moment où j’allais y entrer, avec Laval, Herriot. Tout ça été manigancé avec Otto Abetz [Représentant de Hitler à Paris sous l’Occupation] et avec Allen Dulles, qui était à Genève pour le compte de la CIA. »

Alain Peyrefitte : – Allen Dulles

Charles de Gaulle : – Oui, c’est ça. D’abord moi, en arrivant à Paris, j’aurais foutu ce gouvernement au [trou][...]. Vous pensez, à l’époque, Herriot, Laval et Abetz ça ne pesait pas lourd. Mais Roosevelt se figurait qu’Herriot assurerait la continuité avec la IIIe et Laval avec Vichy, et que tout ça allait apparaître comme la République.

Seulement, Hitler, ça l’a exaspéré quand il a su ça. Il a dit : « De quoi, de quoi ? Laval, Herriot, et tout ceux-là ? » Alors, il a fait savoir à Laval de s’en aller à Sigmaringen, il l’a fait dire aussi au Maréchal, il a désavoué Abetz, il a fait remettre Herriot dans sa prison. Il a tout nettoyé.



Le gouvernement que Roosevelt (ci-dessus) voulait imposer aux Français en 1944 : Pierre Laval et Édouard Herriot (ci-dessous) !

L’opération avait été préparée en concertation avec le chef de la CIA Allen Dulles et l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz…



NOTE : Le Président Roosevelt refusa toujours de reconnaître la légitimité de la France Libre, préférant maintenir une ambassade auprès de Pétain et du régime de Vichy jusqu’en novembre 1942, puis usant des manœuvres les plus tortueuses pour tenter d’écarter Charles de Gaulle du pouvoir et installer, à sa place, des dirigeants plus malléables.

Ainsi, en août 1944, soit plus de deux mois après le débarquement de Normandie, le Président Roosevelt espérait encore installer au pouvoir à Paris Édouard Herriot – homme politique radical de la IIIe République – et Pierre Laval – la figure la plus honnie de la Collaboration, avec lequel il avait d’ailleurs des liens de parenté par alliance. Ce projet scandaleux, minutieusement décrit par de Gaulle dans ses Mémoires de guerre, avait été ourdi par une étroite concertation entre le chef de la CIA Allen Dulles, l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz et le dauphin de Pétain.

Allen Dulles (1893 – 1969) fut le premier directeur civil de la Central Intelligence Agency (CIA), du 26 février 1953 au 29 novembre 1961, et l’un des sept membres de la commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Il était également le frère cadet de John Foster Dulles, Secrétaire d’État des États-Unis du gouvernement Dwight Eisenhower, de 1953 à 1959, et actionnaire principal de la United Fruit Company, société bananière influente dans les républiques bananières d’Amérique latine.

Allen Dulles est un personnage des plus controversés : sa carrière au sein de l’État américain ne cessant d’être émaillée de conflits d’intérêts personnels et familiaux plus ou moins importants, dus à sa participation à la vie de grands groupes industriels internationaux ainsi qu’à la carrière de son frère John Foster Dulles qui travailla lui aussi pour ces grands groupes.

Otto Abetz (1903 – 1958), francophone et francophile, représenta l’Allemagne en France en 1938 et en 1939, d’où il fut expulsé le 30 juin 1939 comme présumé espion. Le 8 juillet 1940, à la suite de l’armistice entre la France et l’Allemagne, il fut de nouveau envoyé en France. Nommé ambassadeur de l’Allemagne le 3 août 1940, il conserva ce poste jusqu’en 1944 et travailla à mettre en place une politique de collaboration. En juillet 1949, le tribunal militaire de Paris le condamna à 20 ans de travaux forcés pour crimes de guerre, en particulier pour son rôle dans l’organisation de la déportation des juifs de France vers les camps de la mort. Il fut libéré en avril 1954.

Charles de Gaulle : « Bohlen [L’ambassadeur des États-Unis en France] se comporte envers moi comme Roosevelt il y a vingt ans. Il reçoit en permanence des députés, des sénateurs, des journalistes, et il les monte contre nous. Je n’en ignore rien. Ils font tous ça, les Américains.



NOTE : Charles E. Bohlen (1904 – 1974) fut ambassadeur des États-Unis en France de 1962 à 1968. Très hostile à de Gaulle, Charles E. Bohlen avait des liens de parenté proches avec Alfried Krupp von Bohlen und Halbach, héritier des aciéries Krupp, l’un des principaux fabricants d’armes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, criminel nazi reconnu coupable de pillage et de crime contre l’humanité le 31 juillet 1948, et condamné à douze ans d’emprisonnement et à la confiscation de ses biens.

Charles de Gaulle : « Roosevelt, c’était pareil, il ne traitait qu’avec des gens qui étaient mes ennemis. Il avait autour de lui, à Washington, des types comme Chautemps.

Alain Peyrefitte : – Et Saint John Perse.

Charles-de-Gaulle : – Oui, Léger qui avait été limogé par Paul Reynaud. Et d’autres du même tonneau, avec qui Roosevelt prenait le thé. Ils le montaient contre moi, en remâchant leurs échecs. Seulement, ça continue. Alors, Bohlen ne voit que nos adversaires, les Mitterrand et les Maurice Faure.



NOTE : Camille Chautemps, ministre d’État du Front populaire, successeur de Léon Blum de juin 1937 à mars 1938 à la tête du gouvernement, fut vice-président du Conseil des gouvernements Édouard Daladier, puis du gouvernement Paul Reynaud. Ardent partisan de l’Armistice et très hostile à de Gaulle, il fit partie du gouvernement de Philippe Pétain jusqu’au 12 juillet 1940. En novembre 1940, chargé d’une mission officieuse, il partit pour Washington, et choisit d’y demeurer jusqu’en 1944.



NOTE : Alexis Léger, secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940, artisan de la rencontre de Munich (et grand poète sous le pseudonyme de Saint-John-Perse) avait été mis en disponibilité par Paul Reynaud, Président du Conseil, le 20 mai 1940. Il s’était ensuite réfugié aux États-Unis.

Charles de Gaulle : « Churchill, lui non plus, n’admettait pas qu’on ne plie pas. Au lieu de trouver des gens de caractère qui lui auraient tenu tête, il s’entourait de gens qui étaient couchés par terre.

« Je me rappelle un soir, quand j’ai rencontré Roosevelt pour la première fois, au Maroc. Roosevelt voulait m’obliger à me soumettre à Giraud. J’ai envoyé Roosevelt faire foutre, poliment mais fermement. Alors, Churchill m’a fait une scène invraisemblable. Je l’ai mal pris, et je lui ai dit : « Qu’est-ce que ça veut dire : On ne vous comprend pas ? Vous n’êtes pas digne de votre charge ! » Je l’ai très mal traité.

Alors, le dernier jour, on s’est réuni autour de Roosevelt pour se dire adieu. Churchill, devant tout le monde, a commencé à me refaire une scène en me disant : « Vous n’avez pas suivi le Président. » Il piquait une lèche éhontée à Roosevelt, et c’est Roosevelt qui, à la fin, a trouvé que ça suffisait et lui a imposé silence. Il a dit : « Maintenant, il faut que ces deux généraux se serrent la main devant les photographes. »

« La politique de Roosevelt, c’était exactement celle qu’ont aujourd’hui les Américains dans le Sud-Est asiatique. Ils ne peuvent pas en imaginer d’autre. Des marionnettes, c’est ça qu’ils veulent en face d’eux. »



La marionnette nommée Général Giraud, promue par Roosevelt pour tenter de contrer Charles de Gaulle.

NOTE : Cette célèbre et hypocrite poignée de mains entre de Gaulle et le général Giraud, pétainiste passé au service des Américains, fut exigée par Roosevelt lors de l’entrevue des quatre hommes au Maroc en 1942. On distingue Roosevelt (à gauche) et Churchill (à droite) assis à l’arrière-plan, en train de contempler avec satisfaction cette scène de théâtre organisée devant les appareils photos des journalistes de la presse anglo-saxonne.

Le président américain voulait absolument promouvoir Giraud, pour empêcher Charles de Gaulle d’accéder au pouvoir. Car le patron de la Maison Blanche avait parfaitement compris que de Gaulle était le seul homme d’État français, le seul capable de faire échec au projet des États-Unis de vassaliser la France après la fin de la guerre.

Extraits sélectionnés et annotés par François Asselineau.

===================================================================
http://www.les-crises.fr/pourquoi-de-ga ... du-6-juin/
Dernière édition par Hyères-Le-Palyvestre le 10 Juin 2014 02:41, édité 4 fois au total.
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Berurix » 06 Juin 2014 20:35

VR-HMS a écrit: L'échec de l' opération militaire du Canal de Suez en 1956 qui unissait La Grande Bretagne , la France et Israël , les trois lâchés par les Américains, en est une preuve .


l'échec de l'expédition de Suez n'est pas un échec militaire, mais un échec politico-diplomatique ! Les égyptiens s'étaient pris une rouste et il fallait sauver le soldat Nasser !

Non seulement la France, la Grande Bretagne et Israël ont été lâchés par les américains, mais par surcroît ils ont subi des menaces à peine voilées de riposte nucléaire proférées par les russes, trop heureux de faire diversion au moment même où leurs chars écrasaient dans le sang la révolte du peuple hongrois à Budapest !
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Yenaraslebolix » 06 Juin 2014 20:43

Hyères-Le-Palyvestre a écrit:.


Si vous voulez nous prouver que la guerre est violente, je crois qu'on en avait entendu parler, cher Hyères. Savez-vous que pendant la seule bataille de Verdun en 1916, 21 000 000 d'obus furent tirés ? Si l'on fait moitié moitié, ça fait plus de dix millions rien que pour les Français. Je n'en déduis pas pour autant que ces derniers sont des salauds.

C'est comme ça. C'est la guerre. :cry:
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Hyères-Le-Palyvestre » 06 Juin 2014 20:57

Yenaraslebolix a écrit:....Si vous voulez nous prouver que la guerre est violente....

Je ne veux rien vous prouver du tout,cher Yenaraslebolix, ce n'est pas nous qui allons refaire l'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale: juste vous mettre en garde
contre l'inanité de formules éculées, surtout lorsqu'elles ont été dictées par les vainqueurs....
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar alain deloin » 06 Juin 2014 23:29

à gerber tellement on nous prend pour des cons avec le sacrifice de l'union soviétique pour lutter contre les allemands.
les rouges ont fait 5 fois plus de morts qu'hitler et aujourd'hui on truque une fois de plus l'histoire en faisant passer ce régime assassin en sauveur du monde libre.
j'ai rien contre le souvenir mais j'arrive pas à digérer les millions d'euros dépensés pour faire bouffer tous les bobos parisiens invités à la table des chefs d'états, tous les gauchos du showbiz qui nous chient à la gueule le reste de l'année.
politicards profiteurs de merde !
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Re: Commémorations du "D Day" 6 juin 1944 : oui, et après ?

Message non lupar Hyères-Le-Palyvestre » 07 Juin 2014 02:18

D'autant plus d'accord avec alain d. - dont je ne me lasse pas du style en forme de catapulte - que c'est bien la rupture du pacte de non-agression, signé au Kremlin le 23 Août 1939, lorsque Hitler sauta à la gorge de Staline, moins de deux ans plus tard, le 22 Juin 1941, en déclenchant l'opération Barbarossa (les loups se bouffent entre eux) la seule cause qui fit des communistes (singulièrement des communistes français également, courroie de transmission des volontés soviétiques) de prétendus résistants à l'ogre nazi. Ils le furent en effet mais seulement après avoir imaginé demeurer leurs alliés, aux fins de se partager l'Europe orientale, dont la pauvre Pologne.


Je reviens un peu en arrière....ça! (âmes sensîbles s'abstenir de regarder, j'ai envoyé le moins insupportable possible que j'aie trouvé), je n'appelle pas ça
"la Guerre" mais seulement des actes crîminels....Ne sont-ce pas les véritables "Crîmes contre l'Humanité" dont on nous rebat sans cesse les oreilles?
Idem dans toute l'Allemagne que les "anglo-américains" se sont permis de pulvériser, sous prétexte qu'un fou s'était emparé du pouvoir....









La Route vers le Nouveau Désordre Mondial

Peter Dale SCOTT

http://www.kontrekulture.com/contact

Cet ouvrage est une étude ambitieuse, qui décrit avec précision la façon dont, depuis les années 1960, les choix en matière de politique étrangère états-unienne ont conduit à la mise en œuvre d’activités criminelles, et à leur dissimulation, tantôt partielle parfois totale.

Dans ses précédents essais, Peter Dale SCOTT a témoigné de l’implication de la CIA dans de graves exactions dont différents coups d’État, ou dans la mise en place d’une véritable géopolitique de la drogue et des guerres qu’elle permet de financer. Il sonde ici la manière dont les décisions, irrationnelles (voire paranoïaques) et à courte vue, prises par les Présidents américains depuis Nixon ont contribué à engendrer une plus grande insécurité mondiale, notamment en renforçant les réseaux terroristes responsables des attentats de 2001.

L’auteur montre comment l’expansion de l’Empire américain depuis la seconde guerre mondiale a conduit à ce processus de décisions iniques et dangereuses dans le plus grand des secrets, souvent à l’insu des responsables démocratiquement élus.

À partir d’exemples précis, (la « Surprise » et la « Contre-surprise » d’octobre, l’Irangate, la guerre froide en Afghanistan, la géopolitique du pétrole et de l’accès à l’Énergie, …) il illustre comment ces décisions « para-politiques » furent l’apanage de petites factions très influentes au sein d’un « supramonde » qui agit sur l’État public à travers des institutions secrètes (comme la CIA), au détriment de l’État démocratique et de la société civile. L’analyse de l’implémentation de ces programmes établit que les principaux services de renseignement des États-Unis ont collaboré pendant longtemps avec des groupes terroristes, qu’ils ont à la fois aidé à créer et soutenus, dont la fameuse organisation « nébuleuse » al-Qaïda. Dans un autre registre, parallèle et tout aussi fascinant, Peter Dale SCOTT explique clairement le danger que fait peser sur la démocratie l’instauration, sous l’administration Reagan, du programme ultra-secret de « continuité du gouvernement », qui existe toujours…

D’aucuns crieront sans doute à la « théorie du complot », mais la qualité de l’argumentation, étayée par une documentation encyclopédique fait de ce travail une magistrale et passionnante leçon d’histoire contemporaine, qui nous plonge dans les méandres des rivalités de ceux qui détiennent le vrai pouvoir, pour comprendre le monde tel qu’il est, et non tel qu’il paraît être.

510 pages




Quand y'en a plus, y'en a encore....

Géopolitique : Union transatlantique, la grande menace


Négocié dans I’opacité la plus totale depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et I’Union européenne, Ie Partenariat transatlantique de commerce et d’investissements vise à mettre en place une gigantesque zone de libre-échange. Objectif : créer un ensemble euro-atlantique sous contrôle états-unien. Révélations sur une monstruosité.

On n’en parle guère, alors que l’on est en présence de l’un des plus grands événements de ce début de XXIe siècle. Et d’une des plus grandes menaces. De quoi s’agit-il ? D’un projet de « grand marché transatlantique » dont dépend pour une large part l’avenir même de l’Europe. Et même du plus important accord commercial bilatéral jamais négocié, puisqu’il s’agit de mettre en place, en procédant à une déréglementation généralisée, une gigantesque zone de libre-échange, correspondant à un marché de plus de 800 millions de consommateurs, à la moitié du PIB mondial et à 40 % des échanges mondiaux. Bref, de créer la plus grande zone de libre-échange du monde grâce à l’union économique et commerciale de l’Europe et des Etats-Unis. La « libéralisation » totale des échanges commerciaux est, on Ie sait, un vieil objectif des milieux financiers et libéraux. Un premier cycle de négociations, dit « Uruguay Round », s’était concIu en avril 1994 avec les accords de Marrakech, qui avaient abouti un an plus tard à la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le projet de grand marché transatlantique, lui, a discrètement mûri depuis plus de vingt ans dans les coulisses du pouvoir, tant à Washington qu’à Bruxelles. On en repère aisément les étapes.

Nouvel agenda transatlantique

Dès Ie 22 novembre 1990, un an après la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis et l’Europe avaient adopté une première « Déclaration transatlantique » par laquelle ils s’engageaient à « promouvoir les principes de l’économie de marché, à rejeter Ie protectionnisme, à renforcer et ouvrir davantage les économies nationales à un système de commerce multilatéral ». En décembre 1995 s’était ensuite tenu un sommet américano-européen, qui avait conclu à la nécessité d’institutionnaIiser la relation transatlantique au moyen d’une déclaration commune d’engagement poIitique. Ce fut Ie « Nouvel Agenda Transatlantique » (NAT), patronné par Bill Clinton, Jacques Santer, alors président de la Commission européenne, et Felipe Gonzalez. En 1995 fut également créé, sous Ie nom de « Dialogue économique transatlantique » (Transatlantic Business Dialogue, TABD), une coalition de grandes entreprises privées et de multinationales qui entama aussitôt d’intenses activités de lobbying pour que s’engagent des négociations. Trois ans plus tard, en mai 1998, lors du sommet américano-européen de Londres, un premier Partenariat économique transatlantique était signé.

Le projet fut réactivé en juin 2005, au sommet américano-européen de Washington, sous la forme d’une déclaration solennelle en faveur d’un « Nouveau partenariat économique transatlantique. Le 30 avril 2007, un « Conseil économique transatlantique » était mis en place par George W. Bush, président des Etats-Unis, Angela Merkel, alors présidente du Conseil européen, et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, sous la direction conjointe de Karel De Gucht, commissaire européen au Commerce, et de l’Américain Michael Forman. Cette nouvelle instance se fixait pour objectif de négocier Ie marché transatlantique dans tous ses aspects législatifs liés à la production, au commerce et aux investissements. Il fut convenu de se réunir tous les ans. En mai 2008, une résolution du Parlement européen approuvait officiellement Ie projet. EIle prévoyait la suppression de toutes les barrières au commerce, ainsi que la libéralisation des marchés publics, de la propriété intellectuelle et des investissements.

A peine élu, Barack Obama décida de faire entrer Ie projet dans une phase concrète. Les Européens ne furent pas en reste. Le 2 février 2009, Ie Parlement européen adoptait une résolution sur « l’état des relations transatlantiques » invitant à la création effective d’un grand marché transatlantique calqué sur Ie modèle libéral et impliquant une liberté de circulation totale des hommes, des capitaux, des services et des marchandises. Le texte précisait que ce partenariat transatlantique se fondait « sur des valeurs centrales partagées, telles que la démocratie, les droits de l’homme et l’état de droit », et qu’il devait « demeurer la pierre angulaire de l’action extérieure de l’Union ». Le même document se félicitait de la « présence croissante d’organisations d’origine américaine a Bruxelles », soulignait « l’importance de l’OTAN en tant que pierre angulaire de la sécurité transatlantique », prônait une « intégration progressive des marchés financiers », et se déclarait partisan de la « suppression des obstacles qui entravent les investissements et la prestation de services financiers transatlantique ». Orientations sans équivoque, par conséquent. Le processus, dès lors, pouvait s’engager, la Commission européenne mettant les bouchées doubles à partir de janvier 2011.

La France muette

En février 2013, Ie Conseil européen se prononçait à son tour « pour un accord commercial global EU-USA ». Le 13 février, Obama signait avec José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy une déclaration adoptant Ie principe d’un accord de partenariat transatlantique pour Ie commerce et l’investissement. François Hollande, censé représenter la France, restait muet et laissait faire. Le 12 mars, la Commission européenne approuvait Ie projet de mandat concernant la conclusion d’un tel accord avec les Etats-Unis. Le 14 juin 2013, les gouvernements des 27 Etats membres de l’Union européenne ont donc officiellement donné mandat à la Commission européenne pour négocier avec Ie gouvernement américain la création d’un grand marché commun transatlantique, qui a reçu le nom de Partenariat transatlantique de commerce et d’investissements (Transtlantic Trade and Investment Partnership, TTIP). Quelques jours plus tard, Ie 17 juin, Ie Conseil de l’Union européenne adoptait un rapport concernant les directives pour la négociation de ce partenariat, qualifié par José Manuel Barroso de « plus important au monde ».


Les mensonges de la Commission européenne

Les premières négociations officielles se sont ouvertes à Washington Ie 8 juillet 2013, suite au sommet du G 8 organisé Ie mois précédent en lrlande du Nord. Les négociations ont jusqu’à présent été conduites par Karel De Gucht, qui est actuellement poursuivi pour fraude fiscale en Belgique, assisté de l’Espagnol Ignacio Garcia Bercero, directeur à la Commission européenne pour Ie Développement durable et Ie Commerce bilatéral. Les partenaires espèrent parvenir à un accord d’ici 2015. Pour quel objectif ? L’élimination des barrières commerciales transatlantiques, dit-on, apporterait entre 86 et 119 milliards d’euros par an à l’économie européenne, et entre 65 et 90 milliards aux Etats-Unis, ce qui pourrait entraîner d’ici quinze ans une augmentation moyenne des revenus de 545 euros par ménage européen. Selon un rituel bien au point, on assure que l’accord bénéficiera à tout Ie monde, qu’iI aura un effet favorable sur l’emploi, etc. Rapportées à l’horizon 2027, qui est celui que l’on a retenu, de telles promesses sont en réalite dépourvues de sens. En 1988, la Commission européenne avait déjà affirmé que la mise en place du grand marché européen, prévue pour 1992, créerait entre 2 et 5 millions d’emplois. On les attend toujours. Concernant les effets du marché transatlantique, les analystes les plus optimistes parlent de quelques dixièmes de point de PIB (entre 0,27 % et 0,48 %), ou encore d’un « surcroît de richesse » de 3 centimes par tête et par jour à partir de 2029 . Le projet table par ailleurs sur les exportations comme moyen de relance de la croissance. II sera donc un frein a toute relocalisation des activités de production. La hausse escomptée des exportations entraînera en revanche une forte augmentation des emissions de gaz à effet de serre, alors que I’Union européenne était au contraire censée les réduire. Mais ce qui frappe Ie plus les observateurs, c’est l’extraordinaire opacité dans laquelle se sont déroulées jusqu’à présent les discussions. Ni l’opinion publique ni ses représentants n’ont eu accès au mandat de négociation. La classe politique, dans son ensemble, s’est réfugiée dans un silence qui laisse pantois. Les traités confiant à la Commission européenne une compétence exclusive en matière commerciale, Ie Parlement européen n’a même pas été saisi. Beaucoup n’hésitent pas à parler de « négociations commerciales secrètes » pour qualifier ces tractations qui se déroulent à huis clos.

Les multinationales au cœur des négociations :

Les citoyens n’ont en rien été informés, ce qui n’est pas Ie cas, en revanche, des « décideurs » appartenant aux grands groupes privés, aux multinationales et aux divers groupes de pression qui sont au contraire régulièrement associés aux discussions. Les multinationales sont en effet depuis Ie début au cœur des négociations. EIles y sont présentes par l’intermédiaire de différents groupes ou lobbies, comme Ie Transatlantic Business Council (TBC), organisme issu en 1995 du « Dialogue économique transatlantique », ou encore Ie Transatlantic Policy Network (TPN), fonde en 1992, qui regroupe une centaine de parlementaires européens et américains en même temps que des firmes transnationales comme Boeing, Siemens, IBM, Microsoft, etc. Sans oublier l’association européenne des patrons Business Europe (dont fait partie Ie Medef), l’European Business Summit, les représentants des banques, de la chimie, etc. Comme lors de la mise en place en 1994 de l’Alena (zone de libre-échange associant le Canada, les Etats~Unis et Ie Mexique), l’objectif affiché, on l’a vu, est de déréglementer les échanges entre les deux plus grands marchés de la planète. Le projet vise pour cela à la « suppression totale des droits de douane sur les produits industriels et agricoles », mais surtout se propose « d’atteindre les niveaux les plus élevés de libéralisation des investissements ». La suppression des droits de douane n’aura pas d’effets macro-économiques importants. Les Etats-Unis sont déjà les premiers clients de l’Union européenne, et inversement. A l’heure actuelle, quelques 2,7 milliards de dollars de biens et de services sont échangés chaque jour entre les deux continents. Les investissements directs représentent quant à eux 3.700 milliards de dollars. Au total, les échanges se sont élevés a 670 milliards de dollars en 2012 – Ie commerce entre les filiales d’un même groupe représentant plus de la moitié de ces échanges ! Les droits de douane restent cependant importants dans au moins deux domaines, Ie secteur du textile et Ie secteur agricole. Leur suppression entraînera une perte de revenu pour les agriculteurs, une chute des exportations agricoles françaises, une industrialisation accrue de l’agriculture européenne, et l’arrivée massive en Europe de soja et de blé américains. Globalement, Ie démantèlement des droits de douane sera en outre préjudiciable à l’Europe, car Ie taux moyen de droits de douane est de 5,2% dans l’Union européenne, tandis qu’il n’est que de 3,5 % aux Etats-Unis. S’ils sont supprimés, les Etats-Unis en retireront donc un avantage de 40% supérieur à celui de l’UE. Cet avantage sera spécialement marqué dans certains secteurs: les droits de douane sur les matériels de transports sont de 7,5% en Europe, contre 0% aux Etats-Unis. Leur suppression portera donc directement atteinte à l’industrie automobile européenne. Et la faiblesse du dollar par rapport à l’euro profitera également aux Etats-Unis au détriment des productions européennes, qui seront incitées à délocaliser, ce qui aggravera d’autant Ie chômage. Beaucoup plus importante est l’élimination programmée de ce qu’on appelle les « barrieres non tarifaires » (BNT), c’est-à-dire l’ensemble des règles et des réglementations que les négociateurs jugent aussi nuisibles que superflues, parce qu’elles constituent autant « d’entraves » à la liberté du commerce. En clair, les normes constitutionnelles, légales et réglementaires qui, dans chaque pays, seraient susceptibles d’entraver une liberté commerciale érigée en liberté fondamentale : normes de production sociales, salariales, environnementales, sanitaires, financières, économiques, politiques, etc. Pour ce faire, les accords en cours de négociation se proposent d’aboutir à une « harmonisation progressive des réglementations et de la reconnaissance mutuelle des règles et normes en vigueur ». José Manuel Barroso a lui-même précisé que « 80% des gains économiques attendus de l’accord viendront de la réduction du fardeau réglementaire et de la bureaucratie ». L’enjeu normatif est donc énorme.

En fait « d’harmonisation », une formidable régression :

Pour libéraliser l’accès aux marchés, l’Union européenne et les Etats-Unis sont censés faire « converger » leurs réglementations dans tous les secteurs. Le problème est que les Etats-Unis sont aujourd’hui en dehors des cadres du droit international en matière écologique, sociale et culturelle, qu’ils refusent d’appliquer les principales conventions sur Ie travail, Ie protocole de Kyoto sur Ie réchauffement climatique, la convention pour la biodiversité, les conventions de l’UNESCO sur la diversité culturelle, etc. Dans presque tous les cas, leurs règlements sont moins contraignants que ceux qui existent en Europe. Comme ils n’envisagent évidemment pas un instant de durcir leur législation, et que l’objectif est de s’aligner sur Ie « plus haut niveau de libéralisation existant », Ia « convergence » se fera par l’alignement des normes européennes sur les leurs. En fait « d’harmonisation », ce sont les Etats-Unis qui vont imposer a l’Europe leurs règles commerciales. « En réalité, dans cette négociation, on ne discute que de ce qui pourrait être concédé par les Européens, jamais de ce que détiennent les Etats-Unis. » (Jean-Michel Quatrepoint). Or, ces règles différentes des deux côtés de l’Atlantique sont Ie reflet de choix de société différents. Sous des apparences techniques, les normes et les règlements correspondent à des préférences collectives qui reflètent l’idée que l’on se fait de la protection des citoyens, à des choix socioculturels, a des réalités historiques, géographiques, linguistiques, parfois même constitutionnelles, à des traditions régionales, à des rapports de forces sociales. Ce sont ces choix de société qu’il s’agit d’éliminer au profit d’un modèle unique, en réduisant les normes au plus petit dénominateur commun. Leur suppression équivaudrait par conséquent à une transformation générale des sociétés allant bien au-delà du simple commerce. Si les normes américaines s’imposent, les pays européens connaîtront une formidable régression.

Les délocalisations protégées :

Dans Ie domaine agricoIe, I’ouverture du marché européen devrait entraîner l’arrivée massive des produits à bas coûts de l’agrobusiness américain : bœuf aux hormones, carcasses de viande aspergées a l’acide lactique, volailles lavées à la chlorine, viandes additionnées de chlorhydrate de ractopamine, OGM (organismes génétiquement modifiés), animaux nourris avec des farines animales, produits comportant des pesticides dont l’utilisation est aujourd’hui interdite, additifs toxiques, etc. Jugées depuis longtemps « trop contraignantes » par les Américains, toutes les normes sanitaires européennes pourraient ainsi être condamnées comme « barrières commerciales illégales ». En matière environnementale, la réglementation encadrant l’industrie agroalimentaire serait démantelée. Les groupes pharmaceutiques pourraient bloquer la distribution des génériques. Les services d’urgence pourraient être contraints de se privatiser. II pourrait en aller de même de l’eau et de l’énergie. Concernant Ie gaz de schiste, la fracturation hydrauIique deviendrait un droit intangible. En outre, comme aux Etats-Unis les « indications géographiques protégées » ne sont pas reconnues, les « appellations d’origine contrôlées » (AOC) françaises seraient directement menacées. La création culturelle et audiovisuelle est protégée en Europe par divers mécanismes d’aide publique, mais aussi de réglementation de la diffusion (quotas), que les Américains voudraient faire sauter pour inonder plus massivement encore l’Europe de leurs produits. Une libéralisation du secteur audiovisueI se ferait au profit des géants américains du numérique. C’est la raison pour laquelle la France a fait admettre que l’audiovisuel – mais non Ie culturel au sens large (théâtres, opéras, musées, archives, bibliothèques, patrimoine, etc.) – soit pour l’instant exclu de l’accord, position qui a reçu l’appui de treize autres pays européens. Mais pour combien de temps ? Dans un entretien accordé a l’International Herald Tribune, José Manuel Barroso a déjà violemment critiqué la volonté de la France d’exclure Ie secteur audiovisuel du mandat de négociations commerciales avec les Etats-Unis, qualifiant cette position de « totalement réactionnaire ». Le rapport du 17 juin 2013 précise par ailleurs que la Commission européenne pourra soumettre de nouveau la question pendant les négociations, ce qui laisse la porte ouverte à une évolution. « II est dit très clairement, a déclaré Karel De Gucht, que nous pouvons faire de nouvelles propositions au Conseil sur un mandat additionnel, sur n’importe quelle question y compris l’audiovisuel ». De Gucht a également indiqué qu’il se réservait Ie droit de « discuter » des questions cuIturelles si les Américains en faisaient la demande. Or, pour les Américains, l’enjeu des industries culturelles comprend aussi Ie patrimoine et tout ce qui est « googleisable ». En matière culturelle, les musées nationaux pourraient ainsi perdre leur droit de préemption sur les trésors artistiques nationaux au profit des collectionneurs privés. Dans Ie domaine de la propriété intellectuelle, les enjeux sont également considérables, en particulier dans Ie domaine de I’armement et de l’aéronautique. En matière sociale, ce sont toutes les protections liées au droit du travail qui pourraient être remises en cause. Concernant les règlements relatifs à la main-d’œuvre et au travail, il est dit dans Ie rapport du 17 juin qu’ils devront être respectés « pourvu que ce faisant, ils n’annulent ou ne compromettent pas les avantages découlant de l’accord », ce qui revient à proclamer un principe en Ie vidant immédiatement de son contenu ! En fait, comme l’a rappelé la Confédération européenne des syndicats, « il n’y a aucune garantie quant à la création d’emplois plutôt que de bénéfices qui seront versés aux actionnaires sous forme de dividendes, diminuant encore la part des salaires ». Et bien entendu, les délocalisations seront protégées.

Contrôle des populations :

En ce qui concerne les services publics, il est indiqué que l’accord « concernera les monopoles publics, les entreprises publiques et les entreprises à droits spécifiques ou exclusifs, afin de parvenir à l’ouverture des marchés publics à tous les niveaux : administratif, national, régional et local ». Les hôpitaux, les écoles, les universités, la Sécurité sociale sont bien entendu concernés eux aussi. A terme, Ie régime des aides d’Etat existant en Europe devra s’aligner sur Ie modèle américain. Les Etats-Unis, eux, sont bien décidés à protéger leurs marchés publics, dont seuls 30% sont aujourd’hui ouverts aux entreprises étrangères (en vertu du Buy American Act de 1933), contre 95 % pour les marchés publics européens. Sur Ie plan financier, l’accord se prononce pour la « libéralisation totale des paiements courants et des mouvements de capitaux », alors même qu’il ne concerne pas moins de 60 % des activités bancaires mondiales. Mais que peut signifier un accord de libre-échange dont les termes peuvent être constamment faussés par la sous-évaluation du dollar par rapport à l’euro ? Au colloque sur « Le projet de marché transatlantique » organisé Ie 16 septembre 2013 à Paris par la Fondation Res Publica, l’économiste Jean-Luc Gréau a souligné l’importance du cadre monétaire dans cette affaire : « Peut-on faire un marché commun transatlantique sans avoir au moins un cadre monétaire stable, avec des monnaies américaines et des monnaies européennes stabilisées les unes par rapport aux autres ? Autrement dit, peut-on évoquer l’hypothèse d’un SMA (système monétaire atlantique) ? Je crois que non. » Il est aussi prévu une coopération transatlantique dans Ie domaine du contrôle des populations (surveillance des données personnelles sur Facebook et Gmail, puces RDFI, cartes de crédit, caméras, biométrie, etc.). Ricardo Cherenti et Bruno Poncelet résument ainsi Ie programme : « Détricotage des conquêtes sociales, réduction des salaires, flexibilisation du travail, attaque contre les solidarités sociales, obtention de privilèges fiscaux, endettement croissant des Etats justifiant une gouvernance par Ie haut ». Mais il y a pire encore. L’un des dossiers les plus explosifs de la négociation concerne la mise en place d’un mécanisme « d’arbitrage des différends » entre Etats et investisseurs privés. Ce mécanisme dit de « protection des investissements » (Investor State Dispute Settlement, ISDS) doit permettre aux entreprises multinationales et aux sociétés privées de traîner devant un tribunal ad hoc les Etats ou les collectivités territoriales qui feraient évoluer leur législation dans un sens jugé nuisible à leurs intérêts ou de nature à restreindre leurs beénéfices, c’est-à-dire chaque fois que leurs politiques d’investissement seraient mises en cause par les politiques publiques, afin d’obtenir des dommages et intérêts. Le différend serait arbitré de façon discrétionnaire par des juges ou des experts privés, en dehors des juridictions publiques nationales ou régionales. Le montant des dommages et intérêts serait potentiellement illimité (c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de limite aux pénalités qu’un tribunal pourrait infliger a un Etat au bénéfice d’une multinationale), et Ie jugement rendu ne serait susceptible d’aucun appel.

Une offensive en passe de réussir :

L’idée n’est pas nouvelle. Elle figurait déjà dans Ie projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les Etats membres de l’OCDE, et elle fut l’une des causes essentielles de son rejet, suite a la décision prise par Lionel Jospin de lui retirer Ie soutien de la France, De ce point de vue, Ie TTPI peut être considéré comme une « version modifiée de l’AMI ». Il semble que cette fois-ci, l’offensive soit en passe de réussir. Un mécanisme de ce type a déjà été intégré a l’accord commercial que l’Europe a récemment négocié avec Ie Canada (CETA) . Les firmes multinationales se verraient donc conférer un statut juridique égal a celui des Etats ou des nations, tandis que les investisseurs étrangers obtiendraient Ie pouvoir de contourner la législation et les tribunaux nationaux pour obtenir des compensations payées par les contribuables pour des actions politiques gouvernementales visant à sauvegarder la qualité de l’air, la sécurité alimentaire, les conditions de travail, Ie niveau des charges sociales et des salaires ou la stabilité du système bancaire. Dans les faits, Ie recours à des arbitres privés pour régler un différend entre un Etat et un investisseur ne pourra évidemment que dissuader les Etats de maintenir des services publics, de continuer à protéger les droits sociaux et à garantir la protection sociale, ou de chercher à contrôler l’activité des multinationales. La justice serait rendue au profit de la Banque mondiale et de son Centre international pour Ie règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), sans que soit pris en compte les intérêts des pays et des peuples. La capacité des Etats à légiférer étant ainsi remise en question, les normes sociales, fiscales, sanitaires et environnementales ne résulteraient plus de la loi, mais d’un accord entre groupes privés, firmes multinationales et leurs avocats, consacrant la primauté du droit américain. On assisterait ainsi à une privatisation totale de la justice et du droit, tandis que l’Union européenne s’exposerait à un déluge de demandes d’indemnités provenant des 14.400 multinationales qui possèdent aujourd’hui plus de 50.800 filiales en Europe. Grâce a des mécanismes de ce genre, des entreprises étrangères ont déjà engagé des poursuites contre l’augmentation du salaire minimum en Egypte, ou contre Ia limitation des émissions toxiques au Pérou ! La multinationale Lone Pine a demandé au gouvernement canadien de lui accorder 250 millions de dollars de « réparations » pour les profits qu’elle n’a pu réaliser à cause du moratoire sur l’extraction du gaz de schiste mis en place dans la vallée du Saint-Laurent. En 2012, l’OMC avait déjà infligé à l’Union européenne des pénalités de plusieurs centaines de millions d’euros pour son refus d’importer des organismes génétiquement modifiés (OGM). Plus de 450 procédures de ce genre sont en cours actuellement dans Ie monde.

Démanteler I’Union européenne

Le Wall Street Journal l’a reconnu avec ingénuité : Ie partenariat transatlantique « est une opportunité de réaffirmer Ie leadership global de l’Ouest dans un monde multipolaire « . Un leadership que les Etats-Unis ne sont pas parvenus à imposer par l’intermédiaire de l’OMC. Celle-ci avait certes lancé en 2001 à Doha, capitale du Qatar, un ambitieux programme de libéralisation des échanges commerciaux, mais au sein de cette organisation, dont Ie nouveau président, successeur du Français Pascal Lamy, est Ie Brésilien Roberto Azevedo, les Américains se heurtent depuis plus de dix ans à la résistance des pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Argentine) et des pays pauvres. Le seul résultat obtenu a été, en décembre dernier, l’accord intervenu à Bali. C’est la raison pour laquelle les Etats-Unis ont adopté une nouvelle stratégie, dont Ie TTIP est Ie fruit. La mise en place d’un grand marché transatlantique est pour eux un moyen d’écraser la résistance des pays tiers, tout en enrôlant l’Europe dans un ensemble dont Ie poids économique sera tel qu’il imposera les intérêts de Washington au monde entier, II s’agit donc bien, pour les Etats-Unis, de tenter de maintenir leur hégémonie mondiale en enlevant aux autres nations la maîtrise de leurs échanges commerciaux au bénéfice de multinationales largement contrôlées par leurs élites financières. Parallèlement, ils veulent contenir la montée en puissance de la Chine, aujourd’hui devenue la première puissance exportatrice mondiale. La création d’un grand marché transatlantique leur offrirait un partenaire stratégique susceptible de faire tomber les dernières places fortes industrielles européennes. Elle permettrait de démanteler l’Union européenne au profit d’une union économique intercontinentale, c’est-à-dire d’arrimer définitivement l’Europe à un grand ensemble « océanique », la coupant de sa partie orientale et de tout lien avec la Russie. Comme les Américains s’inquiètent par ailleurs de l’impact négatif de la chute de l’activité économique européenne sur les exportations américaines, et donc sur l’emploi aux Etats-Unis, on comprend qu’ils veuillent conclure l’accord Ie plus tôt possible. De façon significative, un grand « Partenariat transpacifique » (Trans-Pacific Partnership, TPP) a également été lancé en 2011 par les Etats-Unis. Comptant au départ huit pays (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Chili, Pérou, Malaisie, Brunei, Vietnam) qui ont été rejoints en décembre 2012 par Ie Japon, il vise principalement à contrecarrer l’expansion économique et commerciale de Ia Chine. Comme l’a dit sans détour Bruce Stokes, du German Marshall Fund of the United States, l’objectif est de « s’assurer que Ie capitalisme version occidentale reste la norme mondiale et pas Ie capitalisme d’Etat chinois ». Depuis l’arrivee du Japon, Ie TPP ne représente pas moins du tiers du commerce mondial et 40% du PIB mondial. Ce qui revient à dire que Ie Partenariat transpacifique et Ie Traité transatlantique, auxquels on peut encore ajouter l’Alena, couvriraient à eux trois 90% du PIB mondial et 75% des échanges commerciaux, A plus long terme encore, l’objectif est de toute évidence d’établir des règles mondiales sur Ie commerce. Carla Hills, principale négociatrice du traité transatlantique sous George Bush, l’a décrit comme un « catalyseur nécessaire » vers un « nouvel ordre commercial ». Quoique bilatéral, un accord Union européenne / Etat-Unis marquerait un pas vers un retour à la reconnaissance de la primauté des règles commerciales multilatérales. José Manuel Barroso l’a dit également : un tel accord « fixera la norme, non seulement pour Ie commerce et les investissements transatlantiques, mais aussi pour Ie développement du commerce à travers Ie monde ». II s’agit bien, a confirmé Karel De Gutch, « d’élaborer des normes qui ont vocation à devenir mondiales ».

Une alliance aussi forte que l’OTAN

Barack Obama, pour sa part, n’a pas hésité à comparer Ie partenariat transatlantique à une « alliance économique aussi forte que l’alliance diplomatique et militaire » représentée par l’OTAN. La formule est assez juste. C’est bien une OTAN économique, placée comme son modèle militaire sous tutelle américaine, que cherche à créer Ie TTIP afin de diluer la construction européenne dans un vaste ensemble inter-océanique sans aucun soubassement géopolitique, de faire de l’Europe l’arrière-cour des Etats-Unis, consacrant ainsi l’Europe-marché au détriment de l’Europe-puissance. L’enjeu final est politique. Par une intégration économique imposée à marche forcée, l’espoir est de mettre en place une « nouvelle gouvernance » commune aux deux continents. A Washington comme a Bruxelles, on ne dissimule pas que Ie grand marché transatlantique n’est qu’une étape vers la création d’une structure politique mondiale, qui prendrait Ie nom d’Union transatIantique. De même que I’intégration économique de I’Europe était censée déboucher sur son unification politique, il s’agirait de créer à terme un grand bloc politico-culturel unifié aIlant de San Francisco jusqu’aux frontières de la zone d’influence russe. Le continent eurasiatique étant ainsi coupé en deux, une véritable Fédération transatlantique, pourvue d’une assemblée parlementaire regroupant des membres du Congres américain et du Parlement européen, et représentant 78 Etats (28 Etats européens, 50 Etats américains), pourrait ainsi être créée. Les souverainetés nationales ayant déjà été annexées par la Commission de Bruxelles, c’est la souveraineté européenne qui serait alors transférée aux Etats-Unis. Les nations européennes resteraient dirigées par des directives européennes, mais celles-ci seraient dictées par les Américains. II s’agit, on Ie voit, d’un projet d’une immense ambition, dont la réalisation marquerait un tournant historique – sur l’opportunité duquel aucun peuple n’a jamais été consulté. « Si ce projet aboutit, a dit Noël Mamère, il réduira l’Europe au statut d’élément subalterne d’un ensemble occidental dominé par Ie libre-échange, l’ultralibéralisme et Ie dollar (…) Nous deviendrions des supplétifs des Etats-Unis, comme nous Ie sommes déjà sur Ie plan militaire depuis Ie retour de la France dans l’OTAN. » « Le grand marché transatlantique, a renchéri Jean-Luc Melenchon, est une annexion de l’Europe par les Etats-Unis (…) II prononce de fait la dissolution de l’Union européenne dans Ie marché unique des USA. » La vérité oblige à dire qu’ils n’ont pas tort. Avec Ie TTIP, l’objectif à long terme est de faire gouverner Ie monde par l’économie, et en même temps de « reconstruire un monde unipolaire à partir d’un empire euro-atlantique sous contrôle états-unien ». Une monstruosité.

L’Europe ne désire même plus résister

Reste a savoir si les négociations iront à leur terme, et si le grand marché transatlantique verra vraiment Ie jour. A l’heure actuelle, on voit mal cependant ce qui pourrait empêcher sa réalisation. Et l’on a d’autant moins de raisons d’espérer qu’il n’aura pas pour résultat de soumettre l’Europe aux Etats-Unis que les élites dirigeantes européennes sont de toute évidence des victimes consentantes de cette annexion. L’incroyable mollesse des réactions européennes au scandale de l’espionnage américain en Europe, dans Ie cadre du programme PRISM de la NSA, révélé à la faveur de l’affaire Snowden, est à elle seule révélatrice du degré de soumission de l’Europe aux Etats-Unis – comme Ie sont également Ie récent achat par les Pays-Bas de 37 avions de combat américains F-35, Ie choix du gouvernement allemand de choisir Ie lanceur américain Falcon 9 pour lancer trois satellites gouvernementaux, ou la décision de la France d’acquérir du constructeur américain General Atomics des drones de surveillance Reaper pour 1,5 milliard de dollars. Le gouvernement français s’est de son côté officiellement rallié à la finance de marché. II a aussi hérité de l’atlantisme traditionnellement professé par Ie Parti socialiste depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ce qui explique que François Hollande se soit bien gardé de revenir sur la réintégration de la France dans l’appareil intégré de l’OTAN. On ne doit pas non plus oublier que nombre de dirigeants politiques actuels, dont François Hollande (promotion 1996), font partie des « Young Leaders » de la French American Foundation. Comment s’étonner alors de la déclaration de Nicole Bricq, ancien ministre du Commerce extérieur, présentant Ie projet de traité transatlantique comme une « chance pour Ia France » à laquelle on « ne peut qu’être favorable » ? Le 28 juin 1978, l’économiste François Perroux déclarait dans Le Monde : « L’Europe sans rivages pouvait avoir deux sens. Ou bien l’Europe libre redevient un foyer d’influence économique, politique, intellectuelle, propageant ses activités intenses vers l’extérieur sans risque d’impérialisme désormais. Ou bien l’Europe est envahie. Sans rivages, elle subit des forces extérieures auxquelles elle ne désire même plus résister ». C’est plus que jamais vers la seconde hypothèse que l’on paraît s’orienter.

Alain de BENOIST

29 mai 2014

http://theatrum-belli.org/geopolitique- ... de-menace/


P.S.Je viens d'avoir le chiffre des femmes violées pars les troupes américaines, après le débarquement: toutes les estimations ne donnent pas un chiffre inférieur à
dix mille. Au passage, un autre chiffre: 7 500 morts dans un seul bombardement de 1944, à Marseille. Tout cela, joint au fait avéré que les Américains ont apporté
une aîde cruciale, aux nazis, sous forme d'énormes sommes d'argent, avant la guerre, afin de renforcer leur lutte contre les Soviétiques....Pour ma part, je ne dis
pas merci à ces "libérateurs"! Et je leur fais un bras d'honneur :lol:

Il parait qu'Obama a fait un discours d'un ridicule achevé, en Normandie, vendredi dernier, en prétendant que les Etats-Unis étaient venus à la rescousse, sans
aucune contre-partie, alors que toute leur politique étrangère a consisté à entrer des coins en Europe, et à aggraver sa déstabilisation, afin de la satelliser.
Et Hollande n'a même pas réagi à ce tissu de mensonges, même s'il pouvait faire une remarque "élégante", puisqu'il se devait d'être poli avec ses invités.... :cry:
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