Le journaliste et écrivain Denis Tillinac est mort

Le journaliste et écrivain Denis Tillinac est mort

Message non lupar Berurix » 26 Sep 2020, 17:20

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Denis Tillinac : Un an après

L'écrivain est décédé à l'âge de 73 ans, dans la nuit de vendredi à samedi, un an jour pour jour Jacques Chirac, son ami.

Rien de mieux qu’un titre à la Alexandre Dumas pour saluer Denis Tillinac, le mousquetaire gaulliste, subtil comme Athos, grande gueule comme Porthos, fidèle comme d’Artagnan et espiègle comme Aramis. Incroyable mais vrai : il est mort un an, jour pour jour, après Jacques Chirac, son mentor, son compagnon, son ami et son compatriote corrézien. Ils se connaissaient depuis toujours.

Apprenti journaliste localier pour «La Montagne», puis pour «La Dépêche du Midi», Tillinac avait suivi le jeune loup pompidolien dans les fermes et les villages des environs de Tulle et de Brive. Ils étaient faits pour s’entendre, lever le coude et patauger dans la boue sans faire les pointes. Tillinac n’avait rien à voir avec le journaliste politique habituel poli et cravaté. C’était une forte tête. Adolescent, il avait été si souvent renvoyé de ses collèges et de ses lycées qu’il avait passé le bac en candidat libre.

Il aimait le rugby, les filles, le vin, les copains, la France et les livres. Tout ça en même temps et dans le désordre. Le plus fort, c’est qu’avec une silhouette trapue, une voix enrouée d’éternel fumeur, une démarche de cogneur, il avait la patte sensible, posait les mots justes et pensait avec le cœur. Evidemment, il était de droite mais toute sa personnalité était rive gauche. Rien de réactionnaire, de vieux ronchon, de bourgeois. Il aimait admirer et pour sa France chérie, il voulait toujours plus d’amants.

Nommé par Chirac dans les hauteurs de la Francophonie, il a détesté la pompe administrative mais adoré l’Afrique, ses rires, ses palabres et ses écrivains. Partout où il arrivait, on tombait sous le charme de son panache. Pendant quinze ans, il avait été éditeur. A «La Table Ronde», bien sûr, chez Nimier, Blondin et les autres. Ce mousquetaire était un hussard. La gestion et les comptes d’exploitation n’étaient pas trop son truc mais, pour animer un groupe de potes, faire couler l’encre et mettre l’épée dans les reins de leur talent, il n’y en avait pas deux comme lui.

Tout le monde aimait Tillinac. Il rendait la France touchante comme une vieille dame pleine de souvenirs toujours prête à relever ses jupons. Avec lui, on avait l’impression qu’on pouvait être conservateur et jeune, insolent, désinvolte. Il avait l’atout majeur : du charme. Et du courage ! Pour dire merde à tous les tabous culturellement corrects, il n’y en avait pas deux comme lui. Il n’a pas fini de nous manquer.

Gilles Martin-Chauffier

https://www.parismatch.com/Culture/Livr ... es-1704411


Ce fut la dernière chronique de Denis Tillinac :

Le gratin écolo contre le populo

Le Tour de France, les sapins de Noël ? Pas assez “écolos”. Les “gilets jaunes” ? Des populistes. La gauche bobo méprise le petit peuple qui ne sait plus voter “bien”. Dans son ultime chronique, parue dans notre dernier numéro, Denis Tillinac, disparu ce jour, ferraillait encore contre les folies de l'époque.

Le maire de Grenoble n'aime pas le Tour de France, celui de Bordeaux n'aime pas les sapins de Noël. Leurs arguties ineptes maquillent en souci écologique un mépris de caste pour les réjouissances ou les traditions populaires. Rien de plus, rien de moins. Depuis que l'électorat communiste a viré au lepénisme, la gauche bobo laisse suinter à ciel ouvert et sans scrupule son aversion pour le populo. À son aune, le mot cherche la rime entre clodo et “facho”. Sous le règne de Mitterrand, elle affectait encore des compassions de dame patronnesse pour les prolétaires : ils votaient “bien”. Mais son pathos flattait à l'encolure un “peuple de gauche” de plus en plus virtuel, il singeait sans plus y croire le lyrisme de Gambetta, de Jaurès ou de Blum.

À présent, son hostilité aux mœurs populaires ne prend plus la peine de biaiser : le prolo n'est qu'un beauf vautré dans sa ringardise, suspecté de pulsions “nauséabondes”, il faut le museler s'il s'avise d'exprimer sa colère. D'où une hostilité viscérale envers les “gilets jaunes” dans la phase initiale du mouvement, quand il était provincial, apolitique, bon enfant et saucissonnait au rouge qui tache sur les ronds-points à la périphérie des villes moyennes. Une seule solution pour diluer ce mépris de classe dans un semblant de conscience politique avouable : dégainer l'imputation de “populisme”. Qu'est-ce qu'un populiste ? Un prolo qui n'adhère pas aux présupposés du bobo, ignore son esthétique, récuse son snobisme, avoue en toute candeur des goûts et des couleurs sans commune mesure avec la culture de cour. Il est ouvrier, paysan, employé, boutiquier, camionneur ou chômeur. Il « roule en diesel et fume des clopes » : cette définition de l'inénarrable Griveaux a résumé sans fard le jugement du sérail. Il aurait pu compléter la panoplie avec le Ricard, le foot, le PMU, le fast-food et la gauloiserie. Le prolo est un nuisible qui vote “mal” ; à ce titre il n'a droit qu'à la réclusion ad vitam dans l'enfer des réprouvés.

Fut un temps où l'idéal (évangélique) de justice sociale était majoritairement l'apanage du militantisme de gauche, politique et syndical. Honneur à ceux qui, entre les soldats de l'an II et le Front pop, auront défié les puissants, souvent au péril de leur vie, pour enfanter un monde moins dur aux humbles ! Honneur aux “hussards noirs” qui auront inculqué aux futurs poilus de 1914-1918 l'amour sans clause de style de la vertu et de la patrie ! Honneur aussi aux cathos qui auront pris le parti des pauvres, et non celui du châtelain, de l'évêque ou du maître des forges, nonobstant l'anticléricalisme ambiant ! Oui, la gauche de Hugo, de Zola, de Vallès, de Péguy a des titres à notre respect, autant que la droite (ou plutôt les droites) de Chateaubriand, de Tocqueville ou de Bernanos.

Ces droits, la gauche sartrienne les a ruinés après la Libération par sa soumission lamentable à la folie stalinienne. Encore avait-elle un alibi, dont elle a abusé : le PCF était indéniablement le parti de la classe ouvrière. Privés de cet expédiant, ses héritiers recyclent leur pharisaïsme dans la défense et illustration des “minorités”, mais cette défausse ne trompe personne, elle permet juste de cautionner une mise au rebut du Français des faubourgs et des zones rurales. On lui trouve de mauvaises manières, on lui prête de mauvais instincts. On lui règle son compte en le noyant dans cet « archipel » de « communautés » décrit par Jérôme Fourquet.

On ? Des faux derches qui osent encore se réclamer de la gauche, mais déshonorent la mémoire de ses héros. Pas tous, soyons juste. En tout cas le gratin écolo des métropoles. Et comme la droite a pareillement renié les figures de son imaginaire, le peuple français, orphelin à tous égards, cherche en aveugle à qui, à quoi se raccrocher. Conformément à la prophétie de Marx, l'histoire rejoue ce qu'elle a forgé dans le sang et les larmes sur le mode de la farce. C'est une mauvaise farce qui a mis sur le pavois municipal les contempteurs soi-disant “bio” du Tour de France et du sapin de Noël, à la faveur d'un scrutin dévoyé par un taux énorme d'abstentionnistes. Puissent les élections à venir les renvoyer à leurs trottinettes, ils ridiculisent une cause par ailleurs très défendable.
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Message non lupar Pilotix » 26 Sep 2020, 18:01

Superbe hommage de Martin-Chauffier, merci Bérurix.
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Re: Le journaliste et écrivain Denis Tillinac est mort

Message non lupar didier » 26 Sep 2020, 18:33

Je suppose que tout le monde s'en fout, mais j'appréciais Denis Tillinac , il a choisi une curieuse date pour mourir ! condoléances aux siens .
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Re: Le journaliste et écrivain Denis Tillinac est mort

Message non lupar TiCAS » 27 Sep 2020, 07:02

Merci Berurix!
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